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Mar 23

Dear all,

Two weeks ago, I joined the Peace Brigades Team in Guatemala. For the next 12 months I will live and work in a dynamic team of ten volunteers from around the world (Colombia, Spain, Czech Republic, UK etc.) in Guatemala City, to assist and accompany human rights defenders all over the country.

 PBI has a long history in Guatemala, starting accompaniment programs from as early as the beginning of the 80's when the internal civil war was at its most brutal stage. The philosophy underpinning PBI's presence is based on four main pillars: non - violence, non partisanship, horizontality (non-hierarchical or paternalistic) and International character.

Our mandate is to create space for peace and to protect human rights. Guatemala has a very poor track record with the protection of human rights defenders. Many human rights activists work in precarious situations, confronted with death threats, undergoing legal harassment and other forms of intimidation while fighting for their most basic rights.

The dire circumstances in which these protectors operate have recently been discussed during a plenary session in the European Parliament that led to a new resolution in defense of these activists in Guatemala. In light of the growing demand for the world's resources, many extractivist (mining) and large infrastructure projects (energy) are being imposed in many rural communities without prior consent. Peaceful resistance to these projects has been met with violent responses either by private security companies or even governmental forces. Out team bears witness to this violence and brings it to the attention of the international community.

Since I had decided to join the team in Guatemala, many have enquired to what kind of work I'll be doing exactly. In concrete terms, our main task is the physical accompaniment of defenders and human rights organizations threatened by political violence in their lives and activities. Due to our mere 'international' presence on the field, we hope to deter or dissuade any violent attempt against these individuals and organizations.

In the meantime, I will also write publications on the risks related to the work of the defenders and organizations we follow in the field; I will present the work of PBI to the political authorities, the military and police authorities; I will also meet the diplomatic corps and many local and international organizations explaining our raison d'etre in order to sensitize them to the cause.

Indeed, besides the actual accompaniments, making people aware of our work and the necessity for it, is a big part of what I'll be doing. Lastly, our team will also be doing some information gathering trips to the north of the country (El Peten) where much of the land is being opened to global capital and large projects.

Land issues have long been a central point of contention throughout Guatemala's history. Still today, there seem to be two definitions of territoriality at play. These two contrasting concepts are very much at odds with each other and are continuously competing in rural areas. Guatemala is considered to be between 40-50% indigenous (mostly Maya). Many indigenous communities regard a large portion of their lands as communal. Following this rationale, they approach territory as a 'space of life' (espacio de vida), evoking its more comprehensive essence. While another approach to territoriality , embodied by the private sector and underpinned by the state ideology, regards land as a commodity at the disposal of the nation-state to be exploited for the 'development' of the nation.

These definitions clash not only on paper but also in its practical implementation in the field. It is these territorial indigenous rights that are at the forefront of the daily struggles in Guatemala and very much at stake for many of the activists and organizations we accompany. Though, of course, our work does not limit itself to this territorial question in the rural settings; we further support organizations dedicated to gender rights, social justice, political rights and social emancipation, many of which are located in Guatemala City where we have our office.

Unfortunately, PBI's work and other accompaniment projects in Guatemala are increasingly necessary to protect a peaceful space in which activists can work for a better future where their voices are heard and rights are protected.

After having undergone some necessary preparations and training for the situations faced in the field and/or in the office, I am proud and excited to join the team.

Every 3 months (at least) I intend to keep you updated as much as I can on my progress as well as the political situation in Guatemala. I hope I can count on you for some moral support! :)

We'll keep in touch,

Jan Michael

For more info on our work please go to PBI.org; for more info on whom exactly we will be accompanying check out pbi-guatemala.org/

You can support our work: send your gifts to the account IBAN BE07 0011 0164 5366 of PBI Belgium, BIC GEBABEBB.

Nov 30

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Oct 02

Ça y est. L'aventure PBI est arrivée à sa fin pour moi. Mes dernières semaines à Oaxaca ont été particulièrement intenses, et je n'ai pas vu que le retour se profilait aussi rapidement. Petit retour sur ces dernières semaines. 

Au mois de juin, les forces armées se sont massées dans l'Etat face aux manifestations des professeurs protestant contre la mise en place de la réforme éducative à Oaxaca. Réforme controversée, qui ne prendrait pas suffisamment en compte les spécificités de l'enseignement, en particulier en milieu rural, et se centre principalement sur une réforme des conditions de travail des enseignants. La Section 22 du magistère est bien connue à Oaxaca pour ses protestations, et il n'est pas rare que le Zocalo (la place principale de Oaxaca) soit occupée par les tentes des instituteurs, et que les péages des routes vers les principales destinations soient bloqués. 

Les choses ont vite dégénéré. Il y a eu tout d'abord l'éviction musclée du piquet de grève devant les institutions éducatives, où plusieurs enseignants ont été blessés par les forces de l'ordre. Une personne est décédée de ses blessures plusieurs jours plus tard. Les organisations que PBI accompagne ont immédiatement lancé l'alerte ; selon elles il s'agissait d'une répression dangereuse des mouvements sociaux laissant présager davantage.

Déjà en mai, des dizaines d'organisations de la société civile de Oaxaca exhortaient le gouvernement et la section 22 à favoriser la négociation, et alertaient déjà quant à une possible escalade de la violence. Tout le monde avait en tête les terribles évènements de 2006 qui avaient secoué Oaxaca. Tout avait aussi commencé par le mouvement des enseignants, qui avait été rejoint par de nombreuses organisations de la société civile. La répression avait été féroce. Et les traces sont toujours visibles aujourd'hui (1). 

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Le 19 juin, une opération conjointe des forces fédérales et étatiques afin de débloquer les grands axes routiers pour accéder à Oaxaca a dérapé avec des conséquences dramatiques. Au moins 10 différents types de violations de droits de l'homme ont été répertoriées par l'organe étatique de défense de droits de l'homme de Oaxaca. A Nochixtlan, où les affrontements les plus violents ont eu lieu, on a déploré la mort de 8 personnes, des centaines de blessés et des dizaines d'arrestations, principalement des villageois des communes aux alentours. Dans les premières heures, on comptait même plusieurs personnes disparues, qui ont été localisées dans les jours et semaines suivantes. Codigo DH, organisation accompagnée de PBI, a été une des premières organisations de la société civile à se déplacer dans la localité, afin de récolter des témoignages et évaluer les nécessités.  

Les évènements ont embrasé Oaxaca. De nombreuses communes indigènes se sont solidarisées. L'affaire a pris une ampleur fédérale. Rapidement des négociations ont été ouvertes entre les autorités et les victimes. Une des principales craintes des organisations est que les négociations aboutissent sur une réparation sans justice. Les enquêtes ont commencé avec beaucoup de retard, si bien que de nombreuses preuves ont été contaminées. Des ONG, dont Codigo DH et Consorcio Oaxaca que PBI accompagne, ont lancé un rapport compilant l'information disponible sur les tragiques évènements et complétée par des témoignages, appelant les autorités à prendre les mesures nécessaires pour que justice soit faite. 

De notre côté, nous avons appelé les autorités à privilégier une résolution pacifique du conflit et insisté sur la nécessité d'apporter justice aux victimes. Nous avons été en outre à plusieurs reprises à Nochixtlan afin de visibiliser l'accompagnement international.

A l'heure actuelle, les négociations continuent leur cours. Si les autorités ont finalement répondu à certaines nécessités des victimes, tel l'accès aux soins; l'accès à la justice restera un enjeu de taille. 

Yolaine 

(1) Plus tôt en 2016, la Commission de la Vérité du Peuple de Oaxaca, instaurée par le gouvernement, a rendu son rapport sur les faits. Les recommandations restent encore à être appliquées. Le rapport peut être consulté ici (en espagnol) : http://comisiondelaverdadoaxaca.org.mx/

Sep 01

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Jun 23

En août 2015, à peine arrivée dans l'équipe du Nord, je m'étais rendue avec une autre volontaire au village de Creel, situé dans la Sierra Tarahumara, pour réaliser le premier accompagnement  de l'équipe à la Sierra, et plus précisément au Conseil consultatif du projet touristique Barrancas del Cobre, avec l'organisation Tierra Nativa.

Depuis cette première visite à Creel, l'équipe du Nord de PBI n'a pas eu l'occasion de retourner dans les environs, parce que les différentes conditions de sécurité nécessaires à un nouveau déplacement n'étaient pas réunies.

Sierra Tarahumara : paradis ou enfer ?

Paradis touristique par excellence, la Sierra Tarahumara, située au sud-ouest de l'État de Chihuahua, n'est pas uniquement connue pour ses ravins impressionnants, ses chaînes de montagnes ou son train express, el Chepe, qui traverse toute la Sierra et vous fait découvrir des paysages à couper le souffle. Cette région sauvage, de 65 mille kilomètres carrés, pourrait faire chaque jour la une des journaux avec des nouvelles plus sinistres les unes que les autres : homicides, disparitions, déplacements forcés  ou  rumeurs de camps de travail forcés aux mains du crime organisé. Malheureusement, peu d'informations concernant cette région isolée se retrouvent dans les médias[1].

 Les terres ancestrales des différentes communautés, dans leur grande majorité Rarámuri, ont été confisquées par les cartels dominant la « place », les cartels de Juarez (et plus précisément son bras armé : La Linea) et de Sinaloa (cartel du tristement connu Chapo Guzmán) qui ont imposé la culture des champs de marihuana ou de pavot pour la production d'héroïne et de morphine. À la frontière avec les États-Unis, l'État de Chihuahua est bien évidemment stratégiquement positionné. Les membres des communautés indigènes qui ne souhaitent pas se plier aux désirs du crime organisé n'ont que deux options : fuir ou risquer leur vie.

 La dernière campagne électorale (des élections pour le gouvernement de l'État de Chihuahua et des municipales dans la Sierra ont eu lieu le 5 juin dernier) et la capture du Chapo Guzmán - qui a entraîné une hausse des disputes territoriales - n'ont fait qu'accroître la violence ces derniers mois. Mais les narcotrafiquants ne sont pas les seuls à blâmer. L'exploitation touristique est l'autre cause principale des malheurs des communautés. L'ouverture prochaine de l'aéroport de Creel, la création du gazoduc et les installations touristiques de divertissement en tout genre ont eu un impact destructeur sur les terres  et les ressources naturelles des habitants de la région. 

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C'est ainsi que, tous les jours, disparaît un peu plus la culture des quatre ethnies indigènes de la Sierra : Rarámuri ou Tarahumaras, O'obas ou Pimas, Guarojío et Ódames ou encore Tepehuanes. Les terres ancestrales où ils cultivaient de quoi se  nourrir, mais également de quoi se guérir, ont été abandonnées de force. La rupture avec la vie communautaire, les déplacements forcés et l'adaptation à la vie urbaine ont redéfini leur place dans le monde. Une place que de nombreux indigènes ne retrouvent plus.

Défenseurs des communautés en péril

PBI entretient des contacts étroits avec différentes organisations basées, pour leur majorité, dans la capitale de Chihuahua et qui travaillent avec diverses communautés indigènes de la Sierra. Le travail de ces organisations telles que la Consultoría Técnica Comunitaria A.C. (Contec), Alianza Sierra Madre (ASMAC), Tierra Nativa, la Comisión de Solidaridad y Defensa de los Derechos Humanos A.C. (Cosyddhac) ou encore Bowerasa, est d'accompagner différentes communautés dans la lutte pour le respect de leurs droits. Des droits qui sont sans cesse bafoués par le crime organisé présent dans la région et dans certains cas, par des autorités corrompues qui garantissent l'impunité.

Les membres de ces organisations sont des défenseurs des droits humains en danger. Qu'ils soient avocats et plaident devant des tribunaux agraires pour la défense des terres, qu'ils soient travailleurs sociaux et voyagent au fin fond de la Sierra pour apporter soutien aux communautés isolées ou qu'ils soient époux ou épouses du directeur ou de la directrice d'une telle organisation.

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Des représailles ont eu lieu. L'alerte préventive  publiée en mars 2016 pour les personnes défenseures  des droits humains de l'État de Chihuahua et rédigée par des organisations de la société civile de ce même État, reprend des exemples concrets. En mars 2010, l'avocat et mari de la défenseure des droits humains Estela Mondragón, de l'organisation Bowerasa, a été assassiné chez lui. Après son décès, son épouse n'a pas baissé les bras, et ces derniers mois, elle a remporté de nombreux procès qui l'ont davantage exposée et qui ont augmenté son niveau de risque.

Les différents jugements remportés par l'organisation Contec ont également élevé le profil de ses membres qui ont été diffamés à plusieurs reprises dans la presse. L'organisation a également été  contrôlée fiscalement par l'État, ce qui a paralysé leurs activités durant de nombreux mois. Et enfin, pour clôturer, la directrice de l'organisation ASMAC a été directement menacée par le crime organisé qui lui a défendu de se rendre à nouveau dans la Sierra au risque d'y perdre la vie.

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Dans les prochains mois, l'équipe du nord réévaluera un possible retour à la Sierra, dans l'objectif d'accompagner l'une des organisations citées ci-dessus. Dernièrement, les membres de l'organisation Contec accompagnés de personnes appartenant à la communauté indigène des bois de San Elías Repechique ont bloqué l'entrée à l'aéroport de Creel en construction pour rappeler à l'ordre les autorités sur les dégâts occasionnés par les travaux de l'aéroport, et souligner la non réparation de ces mêmes dégâts malgré la décision d'un juge il y a plus d'un an. Après trois jours de blocage, les autorités de Chihuahua ont enfin accepté de dédommager les communautés avec un montant équivalent à 4, 5 millions d'euros.

Nathalie

[1] Certains journalistes se sont toutefois aventurés dans la région - voir:

https://news.vice.com/es/topic/sierra-tarahumara
https://www.vice.com/read/paving-native-land-to-put-up-a-tourist-park
https://www.vice.com/es_mx/read/en-la-sierra-de-chihuahua-temen-que-la-violencia-empeore-tras-la-captura-del-chapo 

Apr 17

Raphaël.JPGDébut février, je me suis rendu 4 jours avec une collègue à Ciudad Juarez , ville frontalière des Etats-Unis située au nord de l'Etat de Chihuahua. Après quatre heures de trajet à traverser un paysage aride, nous arrivons aux abords de la ville. Dès les faubourgs de l'agglomération, des centaines de pancartes publicitaires grand format annoncent la venue du Pape François dans les prochains jours. Des dizaines de travailleurs s'acharnent à embellir la ville et les voiries avant l'arrivée du souverain pontife ; il est impossible de ne pas remarquer que Ciudad Juarez s'apprête à recevoir un événement de grande importance, ville d'1,3 millions d'habitants, plus de 2 millions de personnes sont attendues dans les prochains jours en provenance du Sud des USA et du tiers nord du Mexique.

Ciudad Juarez est une ville mondialement connue pour de tristes raisons ; pendant plusieurs années de suite elle a détenu le «titre » de ville la plus dangereuse au monde (au taux d'homicide le plus élevé). Cette ville frontalière (formant une conurbation avec El Paso, Texas) a souffert historiquement de sa position géographique, son évolution socio-économique étant intrinsèquement liée au voisin du nord. Lieu de débauche et divertissement pendant la prohibition des années 20 régnant aux USA, la ville va connaître un boom économique sans précédent en 1994 suite à la signature de l'ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Américain). Des migrants affluent de tout les pays pour travailler dans les maquiladoras : usines d'assemblage exportant sans frais de douane aux USA, profitant des bas couts des salaires mexicains.

C'est à ce moment là que débute une épidémie de feminicidios (assassinats de femmes et jeunes filles, précédés fréquemment de viols). Entre 1993 et 2005, Amnesty International identifie au moins 370 meurtres de femmes et jeunes filles dans la ville ; d'autres organisations et journalistes considèrent que ces assassinats pourraient atteindre les 500. Ces faits tragiques atteignent un tournant lorsqu'en 2011 sont découverts 8 corps de femmes sur un terrain vague, c'est la cas du Campo Algodonero (« champ de coton » en espagnol) ; pour une partie des femmes de Juarez c'en est assez. Vu que l'Etat ne semble pas s'intéresser à la thématique, elles s'organisent en ONGs : naissent plusieurs organisations telles que la Red Mesa Mujeres ou Nuestras Hijas de Regreso a Casa.

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Ces organisations vont faire un grand travail de plaidoyer pour visibiliser le cas Campo Algodonero au niveau international, la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme émet une condamnation en 2009 contre l'Etat mexicain pour ne pas avoir dument enquêté et pour ne pas avoir assuré le droits à la vie des victimes. Au jour d'aujourd'hui la société civile continue de lutter pour que la condamnation aboutisse à des répercussions.

En 2008 Juarez se trouve de nouveau à l'épicentre de la violence. Suite à la décision du président mexicain Felipe Calderon, d'adopter une nouvelle stratégie dans la lutte anti drogue de confrontation armée directe contre les Cartels (pour plus d'infos sur les conséquences de la militarisation du combat contre les cartels pour les défenseurs des droits humains voir le bulletin de PBI Peace in Mexico ? Security Strategies and Human Rights), Juarez devient un point névralgique de la confrontation entre l'Etat et les groupes criminels. Ciudad Juárez est en effet un point stratégique majeur (plaza au Mexique) pour acheminer la drogue vers les Etats-Unis, le principal marché de consommation mondial de stupéfiants. De nombreux organismes internationaux témoignent de cette explosion de violence ; un rapport récent de l'International Group établit qu'entre 2007 et 2010 le taux d'homicide a été multiplié par 15, atteignant un sommet en 2010 avec 3000 meurtres dans l'année (10 fois la moyenne nationale, 30 fois la moyenne mondiale).

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C'est dans ce contexte de violence et de militarisation de la sécurité publique que certaines organisations de la société civile mexicaine, dont le centre de droits humains Paso del Norte, documentent de nombreux cas d'exactions des forces de sécurité à Ciudad Juaréz . Paso del Norte documente des cas de torture (44 cas documentés entre 2011 et 2012) et de disparitions forcées tout en accompagnant juridiquement et psychologiquement les victimes et familles des victimes.

Ce légitime travail légitime de proue en matière de défense des droits humains les a placés dans une situation périlleuse ; le centre a été l'objet de nombreuses menaces et de harcèlement au fil des années. Depuis l'arrivée de PBI dans le Nord du Mexique en septembre 2013, nous accompagnons l'organisation de Juarez à travers l'observation internationale, notamment en visibilisant leur situation et en renforçant leur réseau de soutien international (par exemple en organisant des visites de membres de l'organisation en Europe ou aux Etats-Unis pour dialoguer avec des acteurs politiques et la communauté internationale).

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Désormais, une observation superficielle des statistiques d´homicide permettrait de conclure que la violence exacerbée a été éradiquée de la ville. En janvier 2016, le classement annuel des 50 villes les plus dangereuses au monde du Think Tank mexicain « Seguridad, Justicia y Paz » excluait pour la première fois depuis longtemps Ciudad Juarez du classement (après avoir été première en 2009, 2010, 2011 et deuxième en 2012).  Les statistiques (environ 300 meurtres par an au lieu de 3000 en 2010) et les discours officiels semblent indiquer un retour de la « tranquillité ». Le correspondant du Monde couvrant la visite du Pape (et qui a rencontré des membres de Paso del Norte) estime que si « le calme est revenu dans les rues » de Juarez (...) cette paix semble pourtant fragile ».

Pendant nos 4 jours de travail à Juarez, ma collègue et moi nous nous réunissons avec de nombreuses autorités mexicaines tels que le maire de la ville ou des représentants des forces de sécurité fédérales, mais également des membres de la société civile, tant pour plaider en faveur du renforcement de la sécurité des défenseurs des droits humains que pour mieux cerner le contexte politique et sécuritaire de la zone. Nous profitons également de notre visite pour animer un atelier pour Paso del Norte ; en effet, un des axes d'action du projet PBI Mexique est l'animation d'ateliers de sécurité et plaidoyer, à la demande d'ONG locales voulant renforcer leur sécurité (tous les ateliers se basant sur ce guide méthodologique).

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Lors de certaines rencontres avec des journalistes et ONGs locaux, il apparait que le panorama de la ville pour les défenseurs des droits humains et journalistes semble loin d'être pacifié. Leur travail quotidien est constamment parsemé d'embuches et de menaces pour leur intégrité physique.  Ce qui semblait ressortir de plusieurs réunions, c'est que les ONGs basées à Juarez espéraient que le Pape prononce pendant sa visite un message fort contre la violence et les disparitions qui gangrènent la ville (soulignons qu'en Amérique Latine de nombreux mouvements de base de défense des droits humains sont d'inspiration catholique). Selon certains médias, comme l'hedomadaire Proceso, le pape ne se prononça pas de manière suffisante ,voire pas du tout, sur le fléau des disparitions lors de sa messe qui attira les foules à Juarez.

La situation des défenseurs dans la ville de Juarez et dans l'Etat de Chihuahua est toujours motif d'inquiétude pour PBI, et continue d'attirer l'attention internationale. En janvier 2016, Amnesty International publiait un rapport sur les disparitions forcées  chiffrant à 1.698 le nombre de personnes disparues dans l'Etat de Chihuahua et notamment à 351 dans la petite agglomération de Ciudad Cuauhtémoc.

Pour plus d'information sur le travail du Centre de Droits Humains Paso del Norte : http://www.pbi-mexico.org/fileadmin/user_files/projects/mexico/files/1309PresentationPasoDelNorteIN.pdf

Raphael

Mar 01

Il y a quelques semaines j'assistais à un évènement organisé par Consorcio – une organisation féministe que nous accompagnons depuis peu [1]  – lors duquel les stratégies de protection adaptées aux femmes défenseures de droits humains étaient au coeur du débat.

Bien plus que leurs homologues masculins, les défenseures de droits de l'homme sont particulièrement vulnérables: en plus des diffamations, de la criminalisation, des possibles détentions auxquelles sont confrontés les activistes, elles sont d'autant plus critiquées et malmenées dans une société majoritairement machiste. Les attaques sont personnelles, les techniques d'intimidations basses, souvent avec une connotation sexuelle ou genrée [2]. Il n'est pas rare que leurs familles, leurs époux ou enfants, en soient aussi l'objet.

En 2015, Consorcio a répertorié 185 ataques contre 51 femmes defenseures et journalistes. Les plus vulnérables étant les défenseures communautaires qui travaillent les questions liées à la terre, aux territoires et aux ressources naturelles.consorcio.jpg

Malgré l'adversité et les risques qu'elles encourent, ces femmes continuent inlassablement leur lutte pour la défense de la terre, le droit à l'éducation, un travail décent, ou encore tout simplement la reconnaissance des droits des femmes. Fortes et dignes.

Défenseures de droits humains

Les discussions se concentrent sur un aspect essentiel : se reconnaître en tant que défenseures de droits humains. En plus de mettre un nom et une unité dans la diversité de leurs causes, cette simple identification apporte une protection. En tant que défenseures, elles sont protégées non seulement par le droit international mais elles peuvent aussi bénéficier de nombreux outils mis en place par le gouvernement mexicain .

PBI s'est engagé avec la société civile mexicaine pour qu'en 2012 un mécanisme fédéral de protection pour les défenseurs de droits de l'homme et les journalistes voit le jour. Il existe un mécanisme similaire dans l'Etat de Oaxaca. Ces organismes émettent des mesures de précaution visant à protéger les défenseurs de droits de l'homme (du téléphone portable, à l'installation de caméra de surveillance ou encore des gardes du corps). Bien que ces organismes soient critiqués par la société civile car pas toujours adaptées (installation de caméra surveillance dans une communauté sans accès à l'électricité par exemple), elles apportent une certaine protection.


ni_una_mas-300x168.jpgEn réfléchissant davantage à la définition d'un défenseur [3], je réalise que moi et beaucoup d'autres faisons partie de la famille. C'est un peu une découverte, jusque là je ne m'étais pas particulièrement identifiée en tant que telle. Et oui, encore un vilain cliché: ça n'est pas parce qu'on n'est pas en danger de mort ou dans un pays en voie de développement qu'on n'est pas pour autant un(e) défenseur(e) de droits de l'homme [4].

Assignement à résidence, détentions, interdiction de manifester...

En écoutant leurs histoires, je ne peux m'empêcher d'avoir comme une vague sensation de malaise. La répression du mouvement environnemental et social n'est pas l'apanage du Mexique. Assignation à résidence, détentions et interdictions de manifester qui ont eu lieu ces derniers temps sont autant de preuves diffuses d'une répression latente en Europe [5]. En France en particulier, sous couvert de guerre contre le terrorisme, il serait fort commode de faire taire les voix qui gênent. Bien sûr, torture systématique, disparitions et autres violations n'auraient pas lieu. Mais il n'en reste que faire taire la société civile est un jeu dangereux.

Plusieurs organisations à Oaxaca critiquent vivement les politiques sécuritaires et parlent d'une criminalisation croissante des mouvements sociaux. Avec l'approche des élections en juillet 2016 et les luttes intestines pour accéder au pouvoir, la situation est incertaine et les organisations sont aux aguets. Nous resterons vigilants…                                                              Yolaine

__________________________________

[1] Consorcio est une organisation civile féministe qui promeut le respect et l'exercice de droits de la femme et l'égalité homme-femme.

[2] Petit article de Frontline Defenders qui explique un peu plus en détails les défis auxquels les femmes défenseurs sont confrontées: https://www.frontlinedefenders.org/fr/node/2688

[3] "Un défenseur des droits de l'homme est quelqu'un qui défend n'importe quel droit fondamental au nom d'une personne ou d'un groupe de personnes. Les défenseurs des droits de l'homme cherchent à promouvoir et protéger les droits civils et politiques ainsi qu'à promouvoir, protéger et mettre en œuvre les droits économiques, sociaux et culturels." Définition du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme - voir Defender

[4] Et même ceux qui se déguisent en coussins péteurs pour critiquer le lobbying de l'industrie gazière en Europe et la promotion de sources d'énergie renouvelables, sont des défenseurs! Clin d'oeil spécial collègues de Friends of the Earth Europe qui réalisent avec beaucoup d'humour des actions pour la défense de l'environnement – ici une campagne pour l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables: Gasstinks

[5] Voir ici un article sur le sujet du site Mr Mondialisation etat-durgence-entre-derapage-securitaire-et-repression-politique - cet autre article de Reporterre indique que la criminalisation du mouvement environmental et social n'est pas quelque chose de nouveau: Les-magistrats-denoncent-la

Jan 24

Je suis arrivé au Mexique le 7 octobre, où j'ai tout d'abord suivi une formation au bureau de coordination à Mexico City, pour m'incorporer à l'équipe une dizaine de jours après. Ensuite, la formation rigoureuse s'est poursuivie, tout en approfondissant la connaissance du contexte politique du nord du pays et en m'immergeant dans le travail quotidien de l'équipe.


Une partie centrale de notre travail, ce sont les déplacements sur le terrain, où pendant plusieurs jours nous rencontrons les défenseurs des droits humains que nous accompagnons, tout en nous réunissant avec des autorités locales, régionales et nationales.


C'est ainsi que mi-décembre, je me suis rendu avec ma collègue Nathalie pendant 7 jours, dans l'Etat de Coahuila. Pour cette occasion, nous nous sommes réunis avec différentes autorités régionales de haut niveau (ex : Procureur Régional), et nous avons notamment assisté au sixième anniversaire de la fondation d'un collectif de familles de disparus - FUUNDEC - dans le cadre de notre accompagnement au centre Fray Juan de Larios.

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Un des moments forts de notre travail fut le déplacement dans la « zona carbonifera » (zone charbonnière, ndlr) de l'Etat, à 5 heures de bus de la capitale régionale, zone de l'Etat dédiée en quasi-exclusivité à l'exploitation minière du charbon. Il faut souligner que, selon l'Observatoire de Conflits miniers en Amérique Latine (OCMAL), le Mexique est le pays d'Amérique Latine dénombrant le plus de conflits miniers (37).


L'exigence de meilleures conditions de sécurité


C'est dans le tiers nord du vaste état de Coahuila que se trouve la zone minière où la quasi-totalité du charbon mexicain est produite. Au milieu d'une zone quasi-désertique, les hameaux apparaissent et les excavations minières se succèdent. Là, nous sommes accueillis par Cristina Auerbach, directrice de l'organisation Familia Pasta de Conchos, fondée en 2006 suite à l'effondrement d'une mine de charbon qui entraina le décès de 65 mineurs1.


Depuis dix ans, la directrice de l'organisation se bat pour que les corps des mineurs soient restitués, et que les conditions de travail des mineurs de la zone s'améliorent. De ce fait, son combat va à l'encontre d'intérêts de grands groupes privés et par conséquent elle reçoit fréquemment des menaces. En raison de sa situation à risque, des acteurs de la communauté internationale la soutiennent, dont PBI et la Commission Interaméricaine des Droits de l´Homme (la Commission exige de l'état mexicain l'établissement de mesures de protection). Pour Cristina Auerbach, PBI représente « un mur de protection », contribuant de manière importante à développer son travail.


Impact de l'exploitation sur les conditions de vie des habitants


Depuis 11 mois, Familia Pasta de Conchos a ouvert un bureau dans le village de Cloete. C'est hautement symbolique parce que le village est le point de la région le plus affecté par l'activité minière. En effet, les pelleteuses et autres engins lourds travaillent le long des mines à ciel ouvert en plein milieu des habitations. Il est désormais quasi impossible de circuler d'un point à un autre du village.

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Nous profitons de notre visite pour visiter les bureaux de l'organisation et parler aux défenseurs de la communauté. Après des années de souffrance, leurs nerfs sont à bout ; ils nous expliquent que de très nombreuses familles ont dû abandonner leurs maisons sous la contrainte (expulsions, menaces) et que les conséquences pour la santé mentale et physique se multiplient (problèmes respiratoires, cutanés, troubles du sommeil dus au travail nocturne des engins).


... et impact sur les droits humains


De plus, plusieurs membres de l'organisation nous expliquent qu'en raison de leur contestation, ils se sont vus menacés ou agressés physiquement de manière très violente.


L'impunité des agresseurs ne les démotive pas pour autant. Motif d'espoir: le soutien de Cristina Auerbach, l'organisation communautaire grandissante, et l'attention médiatique et de la société civile exponentielle (outre PBI, un journaliste de CNN vient de visiter Cloete) sont de bonnes nouvelles selon eux. L'organisation se consolide de jour en jour et vise à renforcer leur contestation politique.


1 Pour plus d'info sur cette tragédie, lire cet article de CNN (en anglais)

Oct 25

Cela fait maintenant un mois que je suis arrivée au Mexique. Cela me paraît peu et beaucoup à la fois, avec une quantité folle d’informations à digérer, et des techniques de travail nouvelles à intégrer. Heureusement, la formation est un sujet que PBI prend à cœur, ce premier mois est donc presque uniquement dédié à l’apprentissage. Tout d’abord aux bureaux de PBI à la capitale, Mexico DF, puis à Oaxaca, où je serai basée pour le reste de mon séjour.


Les premiers jours à Mexico DF m’ont mis directement au vif de l’actualité des organisations que PBI accompagne.


J’assiste à deux conférences de presse: la première au sujet de la consultation sur le projet éolien de l’isthme de Tehuantepec, vivement critiquée par les organisations de la société civile mexicaine au vu des nombreuses violations qui ont été rapportées [1]; la seconde sur la proposition de la société civile à propos de la proposition de loi générale sur les disparitions. Enfin, la marche marquant les 11 mois de la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa [2] et la présentation du 4e rapport sur les violations de droits de l’homme contre les défenseurs de droits de l’homme au Mexique clôturent mon séjour à la capitale [3].


J’arrive à Oaxaca le 28 août.


Etrange parallèle, tandis que la crise de l’immigration frappe l’Europe, ici aussi les migrations sont au cœur des discussions. L’auberge de migrants de Chahuites, qui fait partie des auSolalinde2.jpgberges de migrants fondées par le père Solalinde, est victime d’agressions. Ce n´est malheureusement pas la première fois. Défenseur de migrants devant l´éternel, le père rappelle les défis auxquels sont confrontés les nombreux migrants d’Amérique centrale qui traversent le Mexique pour aller aux Etats-Unis. Entre délinquance commune, trafic d'êtres humains et d’organes, leur route est semée d’embûches, et l'impunité règne pour ces sans-droits.


Le panorama semble bien noir, mais le pire comme le meilleur se côtoient au quotidien. L’humour corrosif des frères Cerezo [4] lors de la présentation d’un rapport accablant sur la situation des défenseurs de droits de l’homme illustre bien ce paradoxe : "en 2015, février, pourtant le mois de l'amour, a vu le plus d'attaques contre des défenseurs".

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[1] Oaxaca est un Etat particulièrement riche en ressources naturelles, mais ses habitants sont paradoxalement parmi les plus pauvres du Mexique. Il est le théâtre de conflits récurrents entre communautés, autorités, entreprises et investisseurs - la fameuse "malédiction des ressources". Pour la première fois au Mexique, les communautés locales sont consultées avant le début des constructions du parc éolien de l´isthme de Tehuantepec. C´est une obligation internationale à laquelle le Mexique est lié en tant que signataire de la Convention 169 de l´Organisation Internationale du Travail relative aux peuples indigènes et tribaux. Néanmoins, les conditions de cette consultation ne sont pas respectées, selon les associations mexicaines impliquées. Les intérêts économiques semblent prévaloir sur les intérêts des communautés intéressées.

 

[2] L´année passée dans l'État de Guerrero, 43 étudiants disparaissent et bouleversent le Mexique et le monde entier. Leurs parents et les associations qui les accompagnent organisent des tournées à travers le monde, exigeant du gouvernement mexicain qu´il rende justice sur leur sort. Selon le rapport de février du Comité de l´ONU contre les disparitions forcées, la disparition de ces étudiants est un cas emblématique d´un problème de disparition généralisé sur une grande partie du territoire mexicain. Cas emblématique car il démontre aussi l´impunité qui règne, les associations mexicaines estimant que 90% des cas restent impunis.


[3] Le 4e rapport sur les violations de droits de l´homme contre des défenseurs de droits de l´homme "Défendre les droits de l´homme au Mexique: la répression politique, une pratique généralisée" est disponible en espagnol ici.


[4] PBI accompagne Emiliana et Francisco Cerezo Contreras depuis 2002, qui montèrent le Comité Cerezo pour la libération de leurs frères injustement emprisonnés (Alejandro libéré en 2005, Hector et Antonio, libérés en 2009). Le Comité continue sa lutte pour la libération des prisonniers politiques au Mexique.

Sep 20

NathalieJe me suis donc envolée pour le Mexique il y a deux mois. Envolée et bien atterrie.

J'ai d'abord passé quelques jours au DF, « distrito federal », la capitale mexicaine surréaliste. Adjectif fort apprécié par les Belges. Y règne pourtant, selon los Chilangos, Mexicains du DF, un chaos « organisé », qu'ils sont bien les seuls à percevoir.

 

Au lendemain de mon arrivée débute la formation de l'équipe de coordination du DF dans les bureaux situés dans la colonie « La Roma ». Au programme : des séances sur l'histoire du projet MEP (Mexico Proyect), la communication, le lobbying, la sécurité, le fonctionnement de PBI, les finances…

Au Mexique, le projet PBI est présent dans trois régions. Dans la capitale, mais également dans le sud, dans l'Etat d'Oaxaca et dans le nord, dans l'Etat de Chihuahua. Je rejoins l'équipe du Nord. Celle-ci est composée d'une Hollandaise, d'un Suisse, d'une Chilienne, d'une Colombienne et j'ai le plaisir de rencontrer une Irlandaise en partance. Une Madrilène nous rejoindra un mois plus tard. Mes collègues de travail sont également mes colocataires. Situation qui peut parfois amener à quelques tensions au sein de notre équipe multinationale et multidisciplinaire. Toutefois l'ambiance y est bon enfant.

 

La formation continue en son sein. Les autres volontaires me dévoilent les organisations accompagnées, la conjoncture de l'Etat de Chihuahua et de celle de Coahuila, PBI et son fonctionnement interne et aussi les règles de sécurité en place dans le nord. DansNathalie accompagne le Conseil consultatif à Creel cette partie du pays, les organisations et défenseurs travaillent diverses thématiques telles que les disparitions, les migrants, la traite d'êtres humains, le manque de respect des règles de sécurité dans les mines de charbon ou encore la défense des droits des communautés indigènes.

 

Je m'intègre peu à peu à la dynamique de l'équipe. Les journées sont longues. Cela est notamment dû au  fonctionnement interne de l'organisation. Dans les équipes, toutes les décisions sont prises par consensus. Les longues réunions sont légions et les débats animés. Chacun a le droit, mais surtout le devoir d'exprimer son opinion. Une manière de travailler très particulière et que je n'avais jamais expérimentée. La coordination entre les deux équipes de terrain, le bureau de coordination du district fédéral et celui d'Europe exige également une communication constante et soutenue.

 

En deux mois, en parallèle à la formation et au travail interne, s'ajoutent les réunions avec les autorités et autres organisations locales et internationales, ainsi que les accompagnements. Parmi ceux-ci, deux accompagnements ressortent du lot : celui de l'organisation du Centre des droits humains Paso del Norte à la rencontre régionale du nord sur les disparitions au Mexique et celui de l'organisation Tierra Nativa au Conseil Nathalie accompagne le Conseil consultatif à Creelconsultatif du projet touristique Barrancas del Cobre à Creel, au cœur de la Sierra. Le premier événement a réuni des centaines de familles de personnes disparues des différents États du nord. Notamment encadrées par les organisations telles que le Centre diocésain des droits humains Fray Juan De Larios ou encore le Centre des droits humains Juan Gerardi qui, ensemble, ont déposé une proposition de modifications à la loi dite générale en matière de disparitions. Lors du second accompagnement, les communautés indigènes ont fait prévaloir leurs droits, soutenues par les organisations Tierra Nativa et la Consultoria tecnica Comunitaria (Contec) face à des acteurs qui ont bien des projets pour leurs terres.


Deux mois se sont déjà écoulés et pourtant l´expérience PBI ne fait que commencer. Continuez à nous lire. Le prochain post de Yolaine sera bientôt en ligne ...

Photos: Nathalie assure une présence lors du Conseil consultatif à Creel

Jul 21
Le compte à rebours a commencé. Billet d’avion et visa en main, il n’y a plus de doute: nous - Nathalie, Yolaine et Raphaël, trois Bruxellois de naissance ou d’adoption - partons rejoindre les équipes du projet Mexique de Peace Brigades International (PBI)


Le grand départ             

NathalieIl ne reste que peu de temps avant de nous confronter à ce qui sera notre réalité pendant une année. De nous trois, Nathalie partira la première (ndlr: elle est partie le 15 juillet), et sera suivie par Yolaine en août et enfin par Raphaël en octobre 2015. Nous allons vivre et travailler ensemble pendant douze mois dans des équipes de six personnes composées de jeunes (et moins jeunes) originaires d’Europe, mais également d’Australie ou des États-Unis. Raphaël et Nathalie travailleront dans les États du nord de Chihuahua et de Coahuila, Yolaine dans celui d’Oaxaca, au sud.

Notre préparation

Après des mois de préparation et d'entraînement intenses, nous sommes fin prêts. Le jour où nous avons envoyé nos candidatures semble bien loin. Le processus de sélection, rigoureux, était composé d’un dossier de candidature détaillé, d’un entretien, de dossiers de formation à distance pour se familiariser avec la situation sur le terrain et le travail de PBI, ainsi que d’un séminaire de huit jours à Barcelone. En plus de nous initier à ce que sera le travail au sein de l’organisation, cette formation dense et riche nous a permis de créer des liens avec les futurs volontaires qui, comme nous, vivront cette aventure.  

La situation des droits humains au Mexique

Cette dernière décennie, la violence s’est intensifiée de manière inquiétante au Mexique, rendant périlleux le travail de défense des droits humains pour de nombreuses personnes. PBI témoigne de l’attention que la communauté internationale accorde aux défenseurs.

 Au cours des dernières années, les statistiques d’homicides et de disparitions ont explosé: on compte plus de 22.000 personnes disparues dans l’ensemble du pays, et les homicides atteignent les 25.000 par an. La disparition de 43 étudiants mexicains en septembre 2014 a d’ailleurs été un fait marquant des dernières années, très relayé par la presse internationale, les organisations internationales et la société civile locale. A l’heure actuelle, l'enquête est toujours en cours et la vérité n’a pas été établie. 

Deux contextes différents

Si le mandat et les tâches sont identiques entre les deux équipes au nord et au sud du pays, les thématiques travaillées diffèrent légèrement. PBI a ouvert en 2013 une équipe dans le nord  du pays basée à Chihuahua Ciudad, épicentre de la guerre des cartels, où les disparitions forcées et les actes de tortures se sont multipliés en raison de la militarisation de la sécurité publique. Dans le nord, PBI accompagne des organisations de l’Etat voisin de Coahuila ainsi que Paso del Norte à Ciudad Juarez (Etat de Chihuahua), qui s’occupe de répertorier les cas de torture et d’accompagner les victimes.

À Oaxaca, terre de nombreux peuples indigènes, les commanditaires de méga-projets d'infrastructures intimident les  communautés locales souhaitant protéger leurs terres. Depuis 2013, PBI accompagne EDUCA qui sensibilise les populations indigènes à leur droit à la consultation: comme les enjeux économiques sont importants, l’organisation se heurte à des risques considérables. Parmi les problèmes endémiques communs aux deux régions, il y a  le parcours difficile des migrants d’Amérique centrale qui traversent le pays du sud au nord pour atteindre le supposé eldorado américain.

Notre travail

 

Depuis que nous avons été retenus pour le projet, nombreux sont ceux qui nous interrogent sur le travail que nous allons réaliser. Il est vrai que vu de l’extérieur, le travail de PBI n’est pas toujours évident à comprendre. Concrètement, notre tâche principale consistera en un accompagnement physique de défenseurs et d’organisations de défense des droits de l’homme menacés par la violence politique, dans leur vie et leurs activités.

Nous rédigerons également des publications sur les risques liés au travail effectué par les défenseurs et organisations que nous suivrons, nous présenterons le travail de PBI auprès des autorités politiques, des instances militaires et policières et rencontrerons le corps diplomatique ainsi de nombreuses organisations locales et internationales. Nous organiserons aussi des ateliers de formation  sur la protection et la sécurité, destinés aux défenseurs.

On reste en contact ...

Ce blog sera alimenté tout au long de notre séjour et vous donnera un aperçu du travail effectué au nord comme au sud du pays. N’hésitez pas à partager vos impressions ou à nous interroger sur tel ou tel aspect de notre travail sur place via l’adresse mail : pbibelgium@scarlet.be.

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